0’00

Noir

 

silence

pour

Gianni

Amico [critique italien et joue dansPrima della revoluzione de Bertolucci] [vert]

0’05

.Noir

 

silence

et pour

James

Agee

[critique américain et scénariste] [jaune]

0’11

Noir

 

silence

gaumont

périphéria

présentent

0’16

Clignotement / iris / alternance très rapide / très long entre Saturne dévorant l’un de ses enfants (Goya, 1820-24) et Judith tranchant la tête d’Holopherne (Artemesia Gentileschi, vers 1620) / noir [sur « un témoin »]

[JLG lit un extrait de Pour la Serbie , un texte de Victor Hugo : le 29 août 1876,:]

 « Il devient nécessaire d’appeler

l’attention des gouvernements européens

sur un fait tellement petit à ce qu’il paraît

que les gouvernements semblent ne point l’apercevoir

ce fait le voici

on assassine un peuple

en Europe

ce fait, a-t-il des témoins

un témoin,

Choral pour orgue, BWV 721 (« Aie pitié de moi Seigneur ») ;

cf. 1b, 38’36 ; 2b ; 20’40

seul

le

                        cinéma [rouge bas] /

fatale

               beauté [rouge]

0’31

Affiche de Lénine sur laquelle est inscrite : « le mort de l’année », puis Lénine s’efface : reste l’étoffe blanche qui étouffe Desdémone (Welles, Othello, 1952).

le monde entier

les gouvernements le voient-ils

non

Id.

la

monnaie

de l’absolu

[bleu]

0’56

Fondu enchaîné Othello, détail de La Bataille de San Romano (Ucello, 1435-1450) : « la contre-attaque de Micheletto da Cotignola / noir

les nations ont au-dessus d’elles quelque chose

qui est au-dessous d’elles

les gouvernements

à de certains moments ce contresens éclate

la civilisation est dans les peuples

la barbarie est dans les gouvernants

cette barbarie est-elle voulue

non, elles est simplement professionnelle

ce que le genre humain sait

Id.

 

1’13

Alternance / clignotement très rapide entre la couverture de Science et vie  (des miltaires en treillis, l’un au premier plan porte des lunettes électroniques et une arme pourvue d’une caméra vidéo, un autre tire au second plan, inscription : « Bosnie » en jaune, « les armes high-tech » (en rouge) et « exclusif » sur un petit bandeau à l’angle gauche) et une Pietà de Delacroix (1837)

les gouvernements l’ignorent

cela tient à ce que les gouvernements

ne voient rien qu’à travers cette myopie

Id.

 

1’19

Photographie d’un cadavre horriblement décharné à terre, massacre au Rwanda

la raison d’état

le genre humain regarde

avec un autre œil

la conscience

Id.

la

réponse

des

ténèbres

[noir/gauche]

1’23

Pietà id.

 

Id.

 

1’29

Noir

nous allons étonner les gouvernements européens

Id.

 

1’31

Photographie d’une femme à terre,  blessée, un chien mort à ses côtés, dans un décor rassurant et anodin, (un portail, des voitures garées…)

en leur apprenant une chose

c’est que les crimes sont des crimes

Id.

 

1’35

Lent fondu enchaîné photographie de Robert Capa avec caméra / noir

c’est qu’il n’est pas plus permis à un gouvernement

qu’à un individu d’être un assassin

Id.

 

1’40

Détail du Nain de cour Antonoio el Inglés (Velázquez, 1640-1645)

c’est que l’Europe est solidaire

c’est que tout ce qui se fait en Europe

est fait par l’Europe

Id.

montage,

mon

beau

souci        [superposés]

1’45

Noir

c’est que

s’il existe un gouvernement

Id.

montage

montage

montage

1’47

Alternance / clignotement rapide entre des monstres, détail de la « Tentation de saint Antoine » du Retable d’Issenheim (Grünewald, 1512-15) et le visage du Christ dans Le Christ chassant les marchands (Le Gréco, vers 1570)

de bêtes fauves

il doit être traité en bête fauve

Id.

 

1’50

Noir

c’est qu’à l’heure qu’il est, tout près de nous

Id.

mon

beau

1’52

Une femme dans les ruines dans les années quarante avec un enfant dans les bras et deux à ses côtés puis petite ouverture iris (clignotement très rapide) d’un aigle à bras d’homme du Retable

là, sous nos yeux on massacre

on incendie

on pille

on extermine

on égorge les pères et les mères

on vend les petites filles et les petits garçons

Id.

 

2’01

Noir

c’est que les enfants trop petits

 

souci

2’03

Plan fixe Angèle avec son bébé (Pagnol, 1934) lent fondu enchaîné avec une gravure (un sabre ?)

pour être vendus

on les fend d’un coup de sabre

c’est qu’on brûle les familles dans les maisons

c’est que telle ville, Balak par exemple

est réduite en quelques heures

de neuf mille habitants à treize cents

 

         une

vague

nouvelle        [brun]

2’11

Très lent fondu enchaîné sol jonchés de corps dans une lumière de feu, du soleil couchant et de fumée de l’incendie de Saragosse peint par Goya en 1793-1794

c’est que les  cimetières sont encombrés

de plus de cadavres qu’on n’en peut enterrer

de sorte qu’aux vivants qui leur ont envoyé le carnage

les morts envoient la peste,

 

Id.

2’23

Noir

ce qui est bien fait

nous apprenons aux gouvernements d’Europe

   

2’25

Vieille photographie du pont de Mostar, très lent fondu enchaîné qui fait apparaître le visage d’un homme qui ressemble à Mitterrand, Le Déluge (Ucello, 1446-48)

ceci

c’est qu’on ouvre les femmes grosses

pour leur tuer les enfants dans les entrailles

c’est qu’il y a dans les places publiques

   

2’32

Très lent fondu enchaîné sur une gravure de Goya (corps morts) de la série des Désastres de la guerre (« Estragos de la guerra », pl. 30, entre 1810 et 1815) très lent fondu enchaîné visage (Mitterrand) du Déluge id. / en un éclair photographie de Mitterrand avec des lunettes noires / noir

des tas de squelettes de femmes

ayant la trace de l’éventrement

c’est que les chiens rongent dans les rues

le crâne des jeunes filles violées

c’est que tout cela est horrible

c’est qu’il suffirait d’un geste

des gouvernements d’Europe

pour l’empêcher, et que les sauvages

qui commettent ces forfaits sont effrayants

et que les civilisés qui les laissent commettre

sont épouvantables

 

le

contrôle

de

l’univers

[noir sur peinture Ucello]

2’51

Dessin de deux corps (suppliciés ?) l’un : homme recroquevillé, l’aure : une femme avec une tache rouge à la place du sexe qui est à la hauteur de la bouche d’un Saturne dont le croquis se superpose au  dessin en clignotement léger comme une flamme qui va s’éteindre, avec une femme portant une torche et au bras levé, Lady Macbeth somnambule (Füsli, 1781-84)

les gouvernements balbutient une réponse

ils ont déjà essayé ce bégaiement

ils disent

on exagère

oui, on exagère

ce n’est pas en quelques heures

que la ville de Balak

a été exterminée

c’est en quelques jours

on dit deux cents villages brûlés

il n’y en a que quatre vingt dix neuf

ce que vous appelez la peste

n’est que le typhus

toutes les femmes n’ont pas été violées

toutes les filles n’ont pas été vendues

La cloche mortuaire (à deux reprises au début de la série sur les corps suppliciés et à la fin de la série)

 

3’16

Lady Macbeth id. clignotement id. avec deux corps pendus à un arbre, des taches rouges à la place du sexe et l’un en morceaux accrochés à l’arbre : des bras tranchés et attachés d’une corde à une branche, le corps pendu par les jambes et la tête plantée dans une branche, Bel exploit, avec des morts (dans la série des  Désastres de la guerre, pl. 39, Goya, entre 1810 et 1815)

quelques-unes ont échappé

on a châtré les prisonniers

Cloche mortuaire

 

3’21

Goya id. clignotement avec l’enfant errant dans la ville de Allemagne année zéro (Rossellini, 1948)

mais on leur a aussi coupé la tête

ce qui amoindrit le fait

l’enfant qu’on dit avoir jeté d’une pique à l’autre

n’a été, en réalité, mis qu’à la pointe d’une baïonnette

   

3’31

Id. Rossellini en surimpression avec un homme avec une tête au bout d’une pique (une gravure des Disparates, Goya,  1821-24)

et cetera, et cetera

Scènes d’enfant/Kinderszenen, n° 1, « Des pays lointains »  (Schumann, op. 15, 1838)

les

signes

parmi

                nous          [vert]

3’44

Noir

et puis

pourquoi ce peuple s’est-il révolté

pourquoi un troupeau d’hommes

ne se laisserait-il pas posséder

comme un troupeau de bêtes

pourquoi

et cetera et cetera et cetera

cette façon de parler

 

histoire

(s)

du

cinéma       [vert]

3’57

Les Majas au balcon (Goya, 1810) et un charnier : un panoramique descendant avec un flou de mouvement accentue l’effet de chute : tout semble tomber avec le corps.

ajoute à l’horreur

chicaner l’indignation publique

rien de plus misérable

les atténuations aggravent

c’est la subtilité plaidant pour la barbarie

   

4’08

La dernière image seule, un corps dans un mouvement de chute

nommons les choses par leur nom

   

4’12

La surimpression de deux Goya (les Majas et le visage qui suit) :

tuer un homme au coin d’un bois

qu’on appelle la forêt de Bondy

ou la forêt noire est un crime

   

4’18

Visage de femme avec les mains dans le geste de la prière, tout est dans les tons rouges :

détail de la fresque de la coupole à San Antonio de la Florida (Goya, 1798)

tuer un peuple au coin de cet autre bois

qu’on appelle la diplomatie

est un crime aussi plus grand

voilà tout

où s’arrêtera-t-on

quand finira le martyre

de cette héroïque petite nation

Cloche mortuaire

par pitié

monsieur

[blanc]

4’31

Portrait : Le Général Antonio Ricardos (Goya, 1793-1794)

alors on nous dit

vous oubliez qu’il y a des questions

assassiner un homme est un crime

assassiner un peuple est une question

chaque gouvernement a sa question

nous répondons

l’humanité aussi a sa question

Cloche mortuaire (à la fin)

par pitié

monsieur

[blanc] /

      monsieur

le vicomte  de

  laquais d’Orsay

4’44

Camille sur son lit de mort (Monet, 1879) [plan long]

et cette question, la voici

elles est plus grande

que l’Inde, l’Angleterre ou la Russie

c’est le petit enfant

dans le ventre de sa mère »

Schumann id. [à la fin, après « le ventre de sa mère… »] puis un coup de tonnerre avant le noir

Victor Hugo

29 août 1876

5’03

Noir

   

               (s)

  histoire

              3 a

du

cinéma

5’06

Saint Jean Baptiste un livre d’une main et pointant son doigt ailleurs (vers le Christ crucifié invisible sur ce détail) de l’autre : Le Retable d’Issenheim (Grünewald, 1512-15)

les livres saints nous disent

qu’avant de partir en voyage

les filles de Loth voulurent se retourner

une dernière fois

 

Id.

5’14

Fondu enchaîné et iris plan fixe Marlène Dietrich dans Le Chevalier sans armure (Feyder, 1937)

et qu’elles furent changées en statues de sel

Bruit de tonnerre

 

5’20

Noir

or, on ne filme que le passé

je veux dire

 

ne

raconte

pas

d’histoires

mon petit

5’23

JLG dans l’avion touchant un tissu rouge que lui tend celui qui est auprès de lui, Soigne ta droite (JLG, 1987)

que ce qui se passe

 

Id.

5’27

Noir

et ce sont des sels d’argent

qui fixent la lumière

 

raconte

des histoires,

mon

grand

5’29

Iris blanc / photographie en noir et blanc de JLG / iris blanc / JLG id. /

 

Bruit de pluie

Id.

5’47

iris id. puis au centre JLG bibliothèque en contre-jour, il parle

[in] : pas d’histoires

lorsque j’inventais

des histoires

quand je n’invente rien

de quelles histoires s’agit-il alors

celle de la bataille de Borodino

et de la fin de la domination française

racontée par Tolstoï

[Guerre et paix, 1865-1869]

celle de la bataille de Bagdad

racontée par CNN

[janvier 1991 : opération « Tempête du désert »]

Tonnerre

 

6’11

Une variante de Femme sur la plage (1899) d’’Edward Munch [mer noire et plage verte]

le triomphe de la télévision américaine

et de ses groupies

Tonnerre – cloche mortuaire (à la fin)

cbs

tf1

rtl

zdf

[rouge à droite]

6’18

La Guerre (Le Douanier Rousseau, 1894)

 

[Après deux coups de cloche mortuaire, sur le moderne Cavalier de l’Apocalyse du Douanier Rousseau, on entend ce chant de marche allemand, Singend wollen wir marschieren :]

« Adolf Hitler soll uns führen

Id. /

nbc

fr3

               rei [qui devient :] reich 3]

orf

6’30

Noir / surimpression Mabuse apparaît au professeur dans sa voiture, Le Testament du Dr Mabuse (Lang, 1933 et produit par Pommer) et un détail de Combats (Kirchner, 1915) / noir /

un allemand, Erich Pommer, fondateur d’Universal

« Wir sind stehs bereit!

Links und rechts (x 2) »

[cloche mortuaire]

 

6’38

Une femme avec un homme en armure jusqu’aux dents, Attila, il flagello di Dio, Febo Mari, 1917) en alternance rapide et clignotement avec photographie de Pommer ?

aujourd’hui, Matsushita Electronics

« Schaut manches liebe Mädel

Aus dem Haus heraus! »

 

6’43

Photographie de Pommer en alternance / clignotement très rapide avec Onze heures du matin (Hooper, 1926) : une femme nue dans un fauteuil et qui regarde par la fenêtre

s’exclamait

je ferai pleurer le monde entier dans son fauteuil

peut-on dire qu’il a réussi

« Wir, wir, wir marschieren g’rade aus! »

[cloche mortuaire]

 

6’49

Le logo d’Universal qui tourne au ralenti avec plein d’étoiles avec clignotement très rapide de deux plans : une femme dans la foule qui cherche à se frayer un chemin [Le Rideau déchiré, Hitchcock, 1966] et une blonde l’air surpris et effrayé [Le Piment de la vie, Jewison, 1963]

d’une part il est vrai

que les journaux et télévisions du monde entier

ne montrent que la mort et des larmes

mais d’autre part il est vrai aussi

que ceux qui restent à regarder la télévision

ils n’ont plus de larmes à pleurer

ils ont désappris à voir

Cloche mortuaire (x 3)

erreur

Carl Laemmle

[allemand, fondateur d’Universal]

7’19

Lent fondu enchaîné (qui reste en surimpression) logo universal et plan fixe d’une femme brune la tête posée sur la main

oui

quelle histoire voulons-nous

à supposer que nous soyons dignes

de la Chartreuse [Stendhal, 1839]

et des crimes et des châtiments [Dostoïevski, 1866]

Cloche mortuaire (sur le fondu enchaîné) – Troisième mouvement de la Symphonie « Mathis der Maler » (« La Tentation de saint Antoine),  Hindemith (1933-1934)

 

7’27

Noir

voilà ce que demandait

David O. Selznick :

je veux Del Rio

 

du

cinéma            [jaune/bas/gauche]

7’31

Surimpression : l’homme à la caméra, King Kong (Cooper et Schœdsack, 1933) et plan fixe de Virginie Mayo, puis en surimpression avec explosion de lave incandescente Capitaine sans peur (Walsh, 1951, avec Virginia Mayo)

et Tyrone Power

dans une romance ayant pour cadre

les mers du sud

peu m’importe l’histoire

pourvu qu’elle s’intitule

Birds of Paradise [Vidor, 1932]

et que del Rio saute à la fin dans un volcan

Id.

erreur                          [rouge/haut/gauche]

Virginia

Mayo

7’48

Noir

 

Cinquième mouvement (Allegro molto) du Quatuor à cordes n°4 de Béla Bartók (1928)

qu’est-

          ce

que

           le

cinéma

[Bazin, 1958-1962]

 [Suit la « reprise » de Qu’est-ce que le tiers état ? de Sieyès paru en janvier 1789, dont le plan était :

1 – Qu’est-ce que le tiers état ? Tout.

2 –  Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.

3 – Que demande-t-il ? A être quelque chose.]

[par intermittence/clignotement]

7’52

L’oncle Birdie se balance sur sa chaise : La Nuit du chasseur (Laughton, 1955)

 

Id.

 

7’54

Noir

 

Id.

rien

7’55

Laughton id.

 

Id.

 

7’59

Noir

 

Id.

que

veut-il

8’02

Laughton id.

 

Id.

 

8’07

Noir

 

Id.

tout

8’09

Laughton id.

 

Id.

 

8’11

Noir

 

Id.

que

peut-il

8’16

Laughton id.

 

Id.

 

8’20

Noir

 

Id.

quel

que

chose

8’27

Laughton id.

[J. Delpy : ]

« le plus étrange c’est que...

Id. + Tosca (Puccini, 1896-1900)

 

8’29

Le résistant agonisant (mouvement de chute de la tête au ralenti) après la torture dans Rome, ville ouverte (Rossellini, 1945)

… les morts vivants de ce monde

sont construits sur le monde d’avant

leurs réflexions

leurs sensations sont d’avant »

Tosca id.

« … può star di paro

all’ardente occhio tuo nero?

È qui che l’esser … »

qu’est--ce-[dec]

que

le [dec]

cinéma [rouge]

8’42

Noir

 

Tosca id. « mio s’affisa intero… »

 roulement de tambour et bruits de guerre

Id.

8’44

Photographie de corps morts alignés à même la terre et mouvement de caméra qui montre l’étendue des corps – des femmes voilées (en noir et blanc) qui prient à côté de corps morts

 

Bruits de guerre – « Quelle horreur, quelle horreur ; quel horreur… » (voix de Jean Cocteau, dans Le Testament d’Orphée (Cocteau, 1960)

rien [Blanc/bas/droite]

8’58

Noir

 

cloche mortuaire

rien

9’00

 Clignotement entre les corbeaux qui s’envolent et une sorte de plan voilé qui laisse transparaître l’image, Les Oiseaux  (Hitchcock, 1963) pui clignotement avec un avion qui se confond avec les corbeaux suivi d’un mouvement de chute

     

9’05

Noir

 

Cloche mortuaire

que

veut-il

9’08

Les oiseaux qui fondent sur les enfants sortant de l’école en courant, Hitchcock id. en surimpression avec l’avion de guerre

 

Scènes d’enfant, n ° 3, « Colin Maillard »  (Schumann, op. 15, 1838)

 

9’11

Noir

 

Id. « Colin Maillard »  – cloche mortuaire

tout

tout

tout

9’16

Les Oiseaux, id. changemet d’angle, derrière les enfants clignotemen, alternance : un avion qui vient par au-dessus et par derrière

 

« Colin Maillard »  id.

 

9’24

Noir

 

Id.

que

peut-il

9’28

Noir

 

Id. et cloche mortuaire + bruit aigu et cristallin

 quel

                           que            [superposés]

               chose         [bleu]

9’31

Plan fixe d’une femme qui chante (image saccadée) dans Napoléon (Gance, 1927) [plan long] / noir

 

« Colin Maillard » suspendu,. son cristallin et flûte et arrivée des tambours

Id.

id.             [blanc]

id.             [rouge]

9’58

JLG pose ses mains sur un livre, De la certitude (Ludwig Wittgenstein, 1951), puis le retire, en dessous un autre livre de la Pléiade ; sur un bureau, clés et marqueurs à côté, JLG/JLG (JLG, 1995)

 

Scènes d’enfant, n ° 3, « Curieuse histoire » + tambours id.

  de

l’absolu          [bas/gauche]

10’18

Iris au centre détail (visage) de Judith et Holopherne (Goya, 1820-23) / noir

 

« Curieuse histoire »  id.

des

ténèbres          [bas/gauche]

10’27

Berthe Morisot (qui deviendra la belle-sœur de Manet) dans Le Balcon (Manet, 1868)

 

Id.

Je sais

à quoi

     tu penses

10’40

Nana (Manet, 1876-77)

 

Id.

Id.

10’52

La Prune (Manet, 1877) [plan long)

 

Id. – puis silence

Id.

11’06

Noir

 

Scènes d’enfant, n ° 13, « Le poète parle »

c’était du

cinéma

           muet /

en

compagnie

de ma

demoiselle

Clara Haskil

[JLG rectifie peu après]

11’15

Alternance du Cd « fautif » et au centre une photographie de Martha Argerich 

j’étais seul

Id.

erreur :          [rouge/haut/gauche]

Martha

Argerich        [rouge/bas/gauche]

11’21

Noir

perdu, comme on dit

dans mes pensées

 

       1

pensée

11’22

JLG dans la pénombre avec cigare dans sa salle de montage

j’avais un livre à la main

Manet, par Georges Bataille [1955]

toutes les femmes de Manet ont l’air de dire

je sais à quoi tu penses

sans doute parce que jusqu’à ce peintre

et je le savais par Malraux

 

Id. [un temps]

11’36

Fondu enchaîné  et reste une surimpression : un visage de femme, une étude (vers 1508) pour  la sainte Anne de La Vierge et l’Enfant Jésus avec sainte Anne (Vinci)

la réalité intérieure restait plus subtile que le cosmos

   

11’43

Détail visage, La Jeune fille à la perle (ou au turban, Vermeer, 1665-1666)

les célèbres et pâles sourires

de Vinci et de Vermeer

disent d’abord moi

moi

et le monde ensuite

   

11’51

Fondu enchaîné : La femme à l’écharpe rose (Corot)

et même la femme à l’écharpe rose de Corot

ne pense pas

   

11’54

Noir

ce que pense l’Olympia

 

je sais

    à quoi  tu

penses

11’57

Détail de L’Olympia (Manet, 1863)

ce que pense

   

11’59

Portrait de Berthe Morisot (Manet, 1872)

Berthe Morisot

ce que pense la barmaid des Folies-Bergère

   

12’04

Le visage de la barmaid du Bar aux Folies-Bergère (Manet, 1881-1882)

parce que le monde enfin

le monde intérieur

a rejoint le cosmos

   

12’09

Noir

et qu’avec Edouard Manet commence

   

12’12

La barmaid id.

la peinture moderne

c’est-à-dire le cinématographe

c’est-à-dire

   

12’17

Noir

des formes

qui cheminent vers la parole

   

12’20

La barmaid id.

très exactement une forme qui pense [pause]

que le cinéma soit d’abord fait pour penser

on l’oubliera tout de suite

Musique grave

 

12’31

Noir

mais c’est une autre histoire

la flamme s’éteindra définitivement à Auschwitz

Id.

 

12’39

Fifre (Manet, 1866)

et cette pensée vaut bien un fifrelin

Id.

 

12’42

Noir

 

Id. – cloche mortuaire

1+2

pensée

12’44

JLG salle de montage id.

oui, j’étais seul

perdu, comme on dit

dans mes pensées

   

12’48

Fondu enchaîné et surimpression maintenue : photographie de Zola avec son appareil photo

 

cloche mortuaire

 

12’52

JLG en surimpression avec ce texte :

« Nana — rognes tolérées, ce ferment d – peuple, venait de lui remp- ourri. – La chambre était vide. Un – onta du boulevard et gonfla le r – « à Berlin à Berlin (notte22) »

arrive Emile Zola

et son éternel appareil photo

il a terminé Nana par ses mots

à Berlin, à Berlin

   

12’57

Surimpression : JLG et Nana/Hessling allongée avec une main qui entre dans le champ et verse des pièces (Renoir, 1926)

alors, arrive Catherine Hessling

et quarante ans et deux guerres après Zola

comme par hasard

elle prend le train pour Berlin

   

13’07

Surimpression : JLG et photographie d’une rue et d’un cinéma (Continental) avec le logo « UFA » (en bas, angle droit) des militaires barrent la rue

C’est la première coproduction avec l’UFA

la dernière sera Quai des brumes

Bsf Quai des brumes (Carné, 1938) : «  Gabin : « … ce que tu dis ça tient en trois mots moi je trouverais ça idiot mais… »

musique du film (Maurice Jaubert)

 

13’11

JLG id. salle de montage

mais Gœbbels fera tout foirer

à ses yeux Michèle Morgan n’ pas de beaux yeux

   

13’17

gros plan de Michèle Morgan, Quai des brumes (Carné, 1938)

     

13’19

Noir

 

Musique bsf Carné id.

Gabin : « t’as d’beaux yeux tu sais »

au

biseau

des baisers

13’22

Morgan id.

 

Musique bsf id.

Morgan : « embrasse moi »

 

13’27

Noir

   

les

ans

passent

trop

vite

[« Elsa je t’aime », Le Crève-Cœur (1941), Aragon ; la citation est déjà dans A bout de souffle]

13’28

Morgan en plan plus large (on aperçoit Gabin), il l’embrasse

 

Musique grave, id. (quoi ?) – cloche mortuaire

 

13’32

Photographie sombre (iris noir) de Goebbels (suscitant immédiatement l’horreur) faisant un discours

 

Id.

 

13’33

Un plan sur l’homme qui tire de la voiture et Jean qui meurt avec deux angles, Cané id. ; le dernier en plongée puis tout de suite après la même photographie de  Goebbels au centre d’une croix gammée rouge (iris noir autour)

 

Id. +Coups de feu bsf

 

13’36

Jean qui tombe à terre / photographie id. / chute de Jean / noir

 

Id. +Bruit de voiture bsf – cri bsf

évite

évite

évite

[jaune/bas/gauche]

13’40

Morgan devant Jean

 

Id. + bsf

Morgan : « Jean ! Jean ! »

[cloche]

 

13’45

Noir

 

Gabin : « embrasse moi [x2]

vite on est pressé

[cloche]

vite on est pressé

les

souvenirs

brisés

                    [Aragon, id.] [jaune/bas/gauche]

13’54

Scène de résistance, on retient une femme qui appelle, coups de feu, Païsa, (Rossellini, 1946)

 

Bsf Rossellini : « Massimo no ! », coups de feu, dialogues, musique du film

Id. [un temps]

13’57

Noir

   

je dépose

enfin

l’orgueil

et la romance »

13’59

Un homme en arme sort d’une maison et tombe sous les yeux d’une femme (gros plan), fuite, rue en profondeur de champ, Rossellini id.

 

Bsf Rossellini : « My god »

   erreur

l’orgueil

[sur le gros plan de la femme de Païsa] [vert]

14’03

Noir

   

la

phrase

mécanique

recommence

14’06

La femme et un autre résistant le tirent vers l’intérieur, Rossellini id.

 

Addije, addije amore, chant italien recueilli par Giovanna Marini et M. T. Bulciolu, 1965 :]

« Addije, addije

 

14’17

Noir

 

                                    amore 

sur

ma  lèvre

traîne

un air

idiot

[bleu]

14’23

Noir

oui, hélas !

j’étais seul aussi

casch’e se coje. 

trop

entendu

grâce

à

la radio

[librement d’après « Vingt ans après », Le Crève-Cœur (1941), Aragon ]

14’30

JLG id.

à penser qu’ils étaient plusieurs encore

dans ce train de mille neuf cent quarante-deux

un an avant la libération de Paris

la liva e casch’ a l’albere li foje.

seul

le         [superposés]

cinéma

14’38

Noir

Albert, Danielle, Junie, Suzy, Viviane

fin d’addije amore

erreur

14’40

Noir

alors qu’allait tomber

le maquis des Glières

Id.

deux

ans

avant

14’43

JLG id.

malgré l’appui que la plus jeune

des Dames du bois de Boulogne

lui apporta dans un murmure

Silence puis Bella ciao

avant

la

libération

de Paris [vert]

14’48

Noir

 

Id. : O bella ciao, bella ciao…

Bsf Bresson : « Jean : accroche-toi à la vie…

Id.

14’50

Surimpression : plan fixe d’hommes avec une arme sur pied et champ-contrechamp Agnès et Jean des Dames du bois de Boulogne (Bresson, 1945) et alternance avec scène de résistance : groupe dans la rue, tank à croix de Lorraine, roulant ou entouré par des résistants (archives)

 

Jean id. : de toutes tes forces

je t’aime

tu ne peux pas me quitter

tu ne peux pas partir  accroche-toi à la vie  fais un effort

lutte » - Agnès : « je lutte »

Id. – cloche

[simultanément on entend Bella ciao - jusqu’au silence soudain qui précède le « je lutte » d’Agnès :]

Una matina, mi son svegliato,

E ho trovato l’invasor.

Oh partigiano, porta mi via,

O bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao !

 

15’08

Noir / Surimpression : photographie de Pétain parlant de son bureau, visages d’A. Préjean (L’Alibi, Chenal, 1937), et de Junie Astor (Deuxième bureau contre Kommandantur, René Jayet, 1939) /

 

Résonance cloche

« Vous souffrez

et vous souffrirez longtemps encore

car nous n’avons pas fini de payer toutes nos fautes » [Pétain, message du 17 juin 1941]

Des hommes qui chantent la Marseillaise

« …Formez vos bataillons »

        le passé

n’est

   jamais

                              mort [bleu] /

 il

n’est

même

pas

                        passé[blanc, puis bleu]

[Faulkner,  Requiem pour une nonne, 1951]

15’20

Noir

 

« Marchons, marchons,

Qu’un sang impur… »

même pas passé [rouge]

15’27

Noir / Des miliciens en arme sortent d’une maison (archives ?) /Plan fixe de V. Romance dans La Vénus aveugle (Gance, 1940, film dédié au Maréchal Pétain)

 

[Actualités du 27 Mars 1942 intitulées « En route pour l’Allemagne », le départ, pour Vienne, d’acteurs français Albert Préjean, Danielle Darrieux, Suzy Delair, Junie Astor et Viviane Romance :]

[Les actualités sont entendues avec  le passage le plus grandiloquent et martial des Préludes de Liszt (troisième « poème symphonique », 1853 :]

« Sous le signe de l’art, des vedettes de l’écran s’apprêtent à partir pour l’Allemagne

Id. [sur le plan des miliciens]

la

Vénus

aveugle

15’34

Fondu enchaîné plan fixe du visage de Darrieux, Quelle drôle de gosse (Léo Joannon, 1935-37)

 

[Liszt id. et actualités suite :]

« à la gare de l’Est on peut reconnaître Albert Préjean, Danièle Darrieux

drôle de gosse

15’40

Plan fixe de Suzy Delair dans Quai des orfèvres (Clouzot, 1952)

 

[Liszt id. et actualités suite :]

« Suzy Delair, Junie Astor

son

petit

tralala

15’48

Noir

 

[Id. Liszt et suite actualités :]

 « …Viviane Romance. Répondant à l’invitation du Dr Karl Fröhlich… »

le

salaire

de la

peur

[bleu] [Clouzot, 1952]

15’53

Les « artistes » à la fenêtre du train – fumée et départ d’un train –

 

[« président de la corporation du cinéma allemand, [sifflet du chef de gare et sifflement de train] ces artistes seront pendant douze jours les hôtes de leurs camarades des studios de Vienne, de Munich et de Berlin »

 

16’02

Les « au revoir » de Préjean, etc. aux fenêtres du train

hélas

oui, hélas

j’étais seul aussi

Début piano, Ritual Prayer (Dark intervals, Keith Jarrett, 1988)

 

16’05

Noir

à penser qu’ils étaient plusieurs encore

Id.

dans

le train

d’après

il y avait

16’08

Noir

dans ce train de mille neuf cent quarante-deux

Id.

cette

conne

d’Irène

[jaune]

[Irène Némirovsky, écrivain dont Le Bal, 1930, avait été adapté pour le cinéma avec D. Darrieux. En juillet 1942, elle est arrêtée devant ses enfants par les gendarmes français, envoyée à Pithiviers, puis à Auschwitz]

16’04

Photographie d’Iréne Némirovsky (en provenance d’un magazine probablement ; en haut en petits caractères :

« Irène

1903-1942

juive russe

écrivain français

l’exil

l’écriture

la gloire

la déportation »

puis iris fragment de texte : « rencontrés parisiens. J’ai eu – rencontrant dans un – Danièle Darrieux – d’autres artistes : je l’ – id.e, pendant le tournage de – de mon livre, Le Bal »

 

Id.

Id. [int]

16’20

Noir / train dans paysage au crépuscule, Murnau, vue avec train et château (Kandinsky, 1909) en surimpression avec un train plus moderne allant dans l’autre vitesse avec un flou de vitesse mais au ralenti

et… probablement que

Id.

son

train

partait /

pour

Ausch

witz

[sur noir]

16’33

Noir – Binoche en contre-jour, Alain Cuny passant au fond de l’autre côté de la fenêtre

Superposition J. Binoche dit un texte d’Emily Brontë [Self-interrogation, 1842-43 :]

« Le soir passe…

c’est presque l’heure… »

[JLG :]

Je suis seul et… probablement que je suis encore seul

pour imaginer que l’un des visiteurs

de ces tristes soirs de quarante-deux

Id.

 

16’48

Gilles/Cuny penché au dessus d’Anne/M. Déa allongée dans l’herbe, Les Visiteurs du soir (Carné, 1942) iris / surimpression Alain Cuny dans le jardin un demi-siècle plus tard mouvement arrière et disparition de Cuny en fondu

[suite superposition JLG :]

que Gilles

non, pas celui de Drieu

rend visite à Dominique

et demande

alors, on le prend ou pas

ce train de quarante-deux

et que leur cœur battait, battait, battait

[Superposition, J.  Binoche :]

« quelles pensées te laissent le jour évanoui 

quelles impressions en ton sein

le jour évanoui

hélas un sentiment de travail

à peine accompli

de faibles gains

acquis à frais immenses

un sentiment de chagrin

seulement le temps est là

devant la porte de la mort

qui le rabroue avec rudesse

Id.

silence à partir de « de faibles gains »

erreur [noir/bas/gauche] /

Anne

17’17

Fondu enchaîné maison Binoche / Cuny, Binoche id. (en contre-jour), Cuny s’approche de l’autre côté de la fenêtre,

au moment même

où la conscience intarissable

m’accable de sanglants reproches

je crois que la conscience ment

et que le temps devrait condamner le destin

   

17’31

Zoom avant sur Cuny qui enlève sa casquette

 

Hymn (Dark intervals, Keith Jarrett, 1988)

 

17’38

Fondu enchaîné : Gilles enchaîné, Anne en face de lui, enchaînée aussi, l’ombre d’une croix sur le mur

mais le timide repentir m’embue les yeux

j’ai heureux allant

qui me laisse le don de trouver le repos

d’échapper à la mer houleuse

et des cruelles peines

pour les ancrer toutes dans la paisible éternité

personne n’a regret de te voir t’en aller

nulle voix ne sanglote

adieu

[Discours de Clémenti, cf. 1a, 32’07 :]

« Ce n’est pas le peuple français, c’est la bande de salauds, de juifs, et de capitalistes qui nous dirigeaient ». Bruit de foule.

Keith Jarrett id. et bruit de coups frappés à la porte

 

18’01

Fondu enchaîné gros plan Cuny frappant à la fenêtre / noir

autant souffrit ton cœur -

Jarrett id. + coups

 

18’06

Maison Cuny / Binoche id.., il s’en va, disparaît dans les arbres ; J. Binoche sort, il revient et s’asseoit auprés d’elle, zoom avant jusqu’au gros plan sur Binoche, clignotement rapide d’un détail bleu / blanc / rouge du Nu couché bleu (de Staël, 1955 ; sa dernière année)

comment peux-tu toujours avoir le désir de rester

ah, sache que les liens sont sans nombre

et puissants

qui nous unissent à l’argile

la méprise d’amour s’attarde longuement

ne peut se résoudre à partir »

[Cuny :]

Eh bien ma chère Marie

ce train est-ce qu’on le prend

ou est-ce qu’on ne le prend pas

[J. Binoche :]

« le repos est doux

quand la gloire laurée

couronne le signet martial

mais un brave… »

[Interruption sur le clignotement et sur le début du dicours de de Gaulle ; J. Binoche, suite :]

« une fois ternie sa renommée

préfère le repos au combat »

[superposition, Discours de de Gaulle à l’Hôtel de ville le 25 août 1944 :]

« … il y a là des minutes, nous le sentons tous, qui dépassent chacune qui dépassent… »

Alain Cuny

Marie Déa

[noir/bas/droite]

18’55

Noir / Surimpression et clignotement rapide : de Staël id. et dessin d’un homme en ombre chinoise (faisant un discours ?)

 

 [De Gaulle id. :]

« chacune de nos pauvres vies, Paris, Paris, outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré »

[une musique militaire est introduite avant qu’il ne prononce : « Paris libéré »]

 

19’10

Photographie de JLG enfant, JLG/JLG  (Godard 1995)

oui, j’étais seul, ce soir

avec mes rêves

encore cinquante ans

et on fête la libération de Paris

Les cloches de Notre Dame ?

1944 [rouge/

9 [bleu]4[rouge] /

1994

1994 [bleu/blanc/rouge]

19’23

Noir / cérémonie du cinquantenaire, drapeau français en gros plan devant militaires (anciens combattants)

c’est-à-dire que la télévision

puisque tout pouvoir est devenu spectacle

Bsf de La Grande illusion,  Maréchal :

« Arrêtez, arrêtez ! »

son

grand

tralala

19’27

Maréchal/Gabin surgissant sur la scène devant les « girls »  demande d’arrêter le spectacle, La Grande illusion (Renoir, 1937)

organise un grand spectacle

mais on ne décore même pas Guy Debord

« Arrêtez les copains ! »

On n’entendra pas ici La Marseillaise qui suit l’annonce de la reprise de Douaumont, mais on revient – pour l’oreille – au spectacle avec la chanson de Carette :

« Si tu veux … »

 

19’31

Noir

 

« faire mon bonheur… »

la

douleur

[Duras, 1985]

19’32

Images d’archives floues en noir et blanc : des hommes en uniforme tirant sur des civils, mouvements de caméra incessants sur des corps à terre

et puisque le cinéma français

ne s’est jamais libéré des allemands

ni des américains

« Marguerite, Marguerite, [cri aigu]

si tu veux faire mon bonheur… »

faut

frapper, que

c’est vrai

que c’est

             juste

19’38

Photographie de Duras jeune, iris au centre couverture : La Douleur (1985)

il n’y aura personne pour filmer

le preux et doux Claude Roy

qui s’empare du CNC

« Marguerite, donne-moi ton cœur »

Enchaîne directement sur Suzy Delair et Son petit tralala :

« Avec son… »

 

19’42

Noir

cette citadelle construite par Vichy

« tralala, son petit tralala

Ell’ faisait tourner toutes les têtes »

son

petit

tralala

19’49

Archives de la libération de Paris, une jeune femme embrasse un soldat américain sur un tank

 et les vagues reconstituées

par les caméras japonaises

« D’un coup de tralala, elle faisait tralala »

44

[lettres pleines]

19’51

Noir

oublieront une fois de plus

d’enterrer les morts

« Et chacun rêvait d’être dans ses bras »

le

petit

soldat

[JLG, 1960]

19’56

Iris photographie de Louis Aragon à droite puis clignotement texte à gauche : « voulez-vous un peu vous asseoir – O phrases disproportionnées – Ils parlent de ce – Autre refrain Nouveau – leur amours certes –  Ils ont les drames qui – Moi j’écoute un pas sur la route  »

[Aragon, Le Nouveau crève-cœur, 1948 ; ce texte est daté d’août 1946]

comme l’avait fait le poète

Automne 3 dans Scardanelli-Zyklus (Heinz Holliger, sur des textes de Hölderlin, 1975-1991), [radio :]

« Ainsi s’achève… »

[Anna Karina dans Pierrot le fou, JLG, 1965 :] « C’est terrible ce que c’est anonyme. Belmondo : Quoi ?

la

caméra

c’est

l’écran

20’09

Noir

 

[Karina : ]

« On dit cent quinze maquisards, et ça n’évoque rien »

la

caméra

c’est

l’écran

20’12

Pierrot / Ferdinand la cigarette au bec dans la voiture plan long, défilement des lumières sur son visage, Pierrot le fou (JLG, 1965)

 

[Bruits in et Karina suite :]

« Alors que pourtant chacun c’est des hommes, mais on sait pas qui c’est, s’ils aiment une femme s’ils ont des enfants, s’ils aiment mieux aller au cinéma qu’au théâtre, on sait rien »

Id.

20’25

Id. .

que la poésie soit d’abord résistance

Ossip Mandelstam évidemment le savait

mais il est d’usage d’ignorer les russes aujourd’hui

tout ça pour dire

qu’est-ce qui fait qu’en quarante, quarante-cinq

il n’y a pas eu de cinéma de résistance ?

Non qu’il n’y a pas de films de résistance

à droite, à gauche,

ici et là

on dit juste cent quinze tués

 – Holliger id.

 

20’43

Noir

mais le seul film au sens de cinéma

Holliger id.

 

20’46

Cavaliers à cheval au galop, l’un tire en même temps La Prisonnière du désert / The Searchers (Ford, 1956)

qui a résisté à l’occupation du cinéma

par l’Amérique

à une certaine manière

Id.

 

20’51

Noir

uniforme

de faire du cinéma,

Id.

 

20’53

La chute d’Anna Magnani dans Rome, ville ouverte (Rossellini, 1945)

ce fut un film italien

Id.

 

20’55

Noir

ce n’est pas par hasard

l’Italie a été le pays qui s’est le moins battu

Id.

 

20’59

Chute vers le bas de la tête du résistant torturé puis la femme traître qui rit puis crie en voyant son fiancé mort après la torture (Rossellini, id.)

qui a le plus souffert

mais qui a trahi deux fois

et qui a donc souffert de ne plus avoir d’identité

et s’il l’a retrouvée avec Rome, ville ouverte

c’est que le film était fait par des gens sans uniforme

c’est la seule fois

les russes ont fait des films de martyres

Id.

 

21’14

Noir

les américains ont fait des films de publicité

Id.

la

monnaie

de                [superposés]

l’absolu

21’17

Noir

les anglais ont fait ce qu’ils font toujours

dans le cinéma

rien

Id.

 

21’22

Maria/B. Helm avec une bougie, se retournant, Métropolis (Lang, 1927)

l’Allemagne n’avait pas de cinéma

Id.

 

21’24

Noir

plus de cinéma

Id.

 

21’26

Noir

et les français ont fait Sylvie et le fantôme [Autant-Lara, 1945]

Id.

     la

réponse

        des        [superposés]

ténèbres

21’32

Noir / Femme devant barbelés au ralenti, Pasazerka / La Passagère (Andrzej Munk, 1963)

les polonais ont fait deux films d’expiation

La Passagère  et La Dernière étape [Wanda Jakubowska, 1948]

Id.

 

21’38

Noir

et un film de souvenirs, Kanal [Ils aimaient la vie , Wajda, 1956]

et puis ils ont fini par accueillir Spielberg

Id.

          (s)

histoire

du                   [superposés]

cinéma

21’43

Archive : prisonniers des camps au ralenti

lorsque, plus jamais ça

est devenu

Id.

 

21’46

Une femme prise par derrière par un chien

c’est toujours ça

Id.

 

21’48

Noir

tandis qu’avec Rome, ville ouverte

l’Italie a simplement reconquis le droit

Id.

voyage

en

    Italie

[Rossellini, 1953]

21’52

Ingrid Bergman grimpant le volcan ; elle atteint le sommet puis gros plan de son visage qu’elle prend dans ses mains, Stromboli, terra di dio (Rossellini, 1950)

pour une nation de se regarder en face

et alors est venue l’étonnante moisson

du grand cinéma italien

mais il y a une chose étrange cependant

comment le cinéma italien

a-t-il pu devenir si grand

puisque tous de Rossellini à Visconti

d’Antonioni à Fellini

Id.

 

22’09

Noir

n’enregistraient pas le son

avec les images

   

22’13

Noir

une seule réponse

la langue d’Ovide et Virgile

[La nostra lingua italiana, Cocciante et Chiocchio, 1983 :]

nam

fit ut in

somnis

facere [vert]

22’15

Noir

de Dante et de Leopardi

était passée dans les images

Id. Lingua di marmo antico di una cattedrale

hoc

uiddeatur

imago [vert] /

quippe ubi

prima perit

alioque

est /

altera

nata  inde

statu

prior hic /

gestum

mutasse

uidetur

[Lucrèce, De la nature des choses, livre IV, 770-772, Ier s. av. J.-C. : « ce sont en effet là des gestes que le sommeil prête aux apparitions. Car à peine une image s’est-elle évanouie qu’une autre est déjà née dans une autre attitude, mais semble n’être que la première avec un geste modifié. »]

22’34

Femme embrassant la main d’un faux curé (Augusto), il retire sa main, champ-contrechamp, Il Bidone, (Fellini, 1955)

 
Id. : Lingua di spada e pianto di dolore

Lingua che chiama

 

22’40

Noir

 

Id. : da una torre al mare

Lingua di mare che porta nuovi volti

Lingua di monti esposta

oh

potenza

di dio

quant

e severa /

che cotai

colpi per

vendetta

croscia

[Dante, Divine comédie, Inferno, 1307 : « Oh ! que sévère est la justice de Dieu, dont la vengeance frappe de tels coups », chant XXIV, 119-120]

22’46

Deux personnes portant des tas de branches sur leur dos et les enfants derrière puis plan sur Augusto/B. Crawford à terre dans Il Bidone

 

Id. : a tutti i venti

Che parla di neve bianca agli aranceti

Lingua serena, dolce,

 

22’54

Noir

 

Id. : ospitale

 

22’55

Jeune fille qui pleure dans la rue et se fait bousculer par les passants, Umberto D (De Sica, 1951)

 

Id. : La nostra lingua italiana

 

23’03

Noir /  Les deux sœurs en champ-contrechamp, celle qui rêve de luxe qui semble en colère et celle qui ressemble à une madone qui parle calmement, La Terre tremble (Visconti, 1948)

 

Id. : Lingua di lavoro e lingua per onore

Nei mercati  stoffe, gioielli e ori

Lingua di barche e serenate a mare

Lingua di sguardi e sorrisi da lontano

Lingua ordinata da un uomo di Firenze

 

23’19

Noir / homme de dos avec gants blancs qui marche dans une salle de bal, Le Guépard (Visconti, 1963)

 

Id.

Che parla del cielo agli architetti

Lingua nuova, divina, universale

La nostra lingua italiana

extemplo

cum uoce

deus

cum uoce /

deoque

somnus

abii

somnique /

fugam lux alma

secuta

est

 [jaune]

23’32

Noir

 

Id.

fugam lux alma

secouta

est

[Les Métamorphoses, Ovide, vers l’an 8, livre XV, 660 : Soudain le dieu disparaît avec la voix ; avec la voix et le dieu le sommeil a disparu, et le jour suit la fuite du sommeil.]

23’35

Père et enfant sous la pluie ; plusieurs plans, Le Voleur de bicyclette (De Sica, 1948)

 

Id. . Ed è per strada mentre lavora tra la gente

È l’onda dello stadio, l’urlo della folla

È in trattoria mentre

 

23’42

Noir

 

Id. : mangia e beve allegramente

È un sorriso dalle tue labbra di donna

con

poverta

volesti

anzi virtute

[Dante, id., Purgatoire, chant XX, v. 26 : tu voulus posséder, avec pauvreté, vertu.]

23’46

Le vieil homme qui mendie, la main tendue qui « se retourne de honte » pour vérifier une pluie imaginaire, le regard vers le ciel, le col qu’on remonte comme si l’on avait froid Umberto D (De Sica, 1951) /

 

Id. : È la tua voce mentre dicevi mamma

È nei bar di chi si perde in un bicchiere

Con chi ha sbagliato a

 

24’04

Noir / il rentre dans une chambre (porte coincée avec une chaise qui tombe) et voit un couple au lit, referme la porte et appelle

 

Id. : piangere o a scherzare

E in ogni gesto cercare un po’ d’amore

Un po’ d’amore

qui

nimium

multis

non amo

dicit, amat

[Ovide, Les Remèdes de l’amour , v. 648 : Celui qui dit à tout le monde : "Je n’aime plus," aime encore.] [vert]

24’05

Noir

 

Id. : Lingua che parla di palazzi e fontane

Id.

24’10

Alternance / clignotement rapide Anne Wiazemsky qui avance (effet accéléré) dans un mouvement circulaire, Théorème (Pasolini, 1968) avec scène de danse la femme au centre se mélange avec celle de Pasolini dans la surimpression

 

Id. : Lingua d’osteria tra vino e puttane

Lingua di grazia nelle corti e nell’amore

Lingua d’amore che è bella da sentire

Lingua che canta lungo l’Arno al mare

Fino alla sabbia del continente

 

24’24

Surimpression: au centre, une femme (Ingrid Bergman) qui rit au éclats (ralenti) et à droite la femme apeurée du Désert rouge (Antonioni, 1964)

 

Id. : americano

Lingua ideale,

 

24’25

Noir / Femme (Sylvana Mangano) dans les rizières, Riz amer (De Santis, 1948) en surimpression avec un baiser (à droite), Zabriskie point (Antonioni, 1970) /  noir / femmes qui marchent au bord d’une rizière, De Santis id. ?

 

Id. : generosa, sensuale

La nostra lingua italiana

 

24’43

Noir / iris blanc groupe coloré au centre qui montre quelque chose en l’air, Amarcord (Fellini, 1974)

 

Id. : È un aeroplano che vola sull’Atlantico tranquillo

Sulla rotta polare o quella delle Antille

Una rosa rossa

 

24’53

Noir / Alternance / clignotement entre femme élégante qui semble regarder en face d’elle en souriant ; comme une parade, Senso (Visconti, 1954), et Antonny Quinn et Giulietta Masina en clowns, La Strada (Fellini, 1954)

 

Id. : color del sangue

Spina di una rosa, ti punge e sei suo amante

È una donna snella che vince nella moda

 

25’01

Noir / Ingrid Bergman dans la scène de la pèche au thon, éclaboussée ; et plans sur les poissons qui se débattent, Stromboli id.

 

Id. : E guida un’auto rossa, prestigio della strada

Poi si sposa con la luce e come un faro

Proietta al mondo il grande cinema italiano

 

25’09

Les garibaldiens au sommet d’une montagne et courent (ralenti), Viva l’Italia (Rossellini, 1960)

 

Id. : Il grande cinema italiano

viva

l’Italia

[Rossellini, 1960]

25’15

Les moines, pieds nus sous la pluie, marchant sur un chemin avec saint François, Onze Fioretti de François d’assise (Rossellini, 1950)

 

Id. : Lingua dell’opera,

 lingua del bel canto

 

25’19

Une vieille femme sur la scène en contre-plongée (ralenti) avec un paon au centre, Senso id.

 

Id. : Che canta coi violini e gioca col suo accento

Lingua dello spazio e termini in inglese

Della scissione a freddo e formule in francese

 

25’28

Noir / photographie de Rossellini / noir

 

Id. : Lingua di pace, lingua di cultura

Dell’avanguardia internazionale

La lingua mia, la tua

les

choses

sont là /

pour

     quoi

les mani

     puler

[Rossellini, 1959] [jaune]

25’37

Noir

 

Id. : La nostra lingua

une

pensée [gris]

25’41

Photographie de Pasolini avec des lunettes noires / noir

 

italiana

Id. [gris] /

qui

forme

25’50

Visage, La Légende la vraie croix (Piero della Francesca, 1454-64) / noir

 

La lingua mia, la tua

La nostra lingua italiana

une

forme /

qui

pense

26’04

Dessin étrange homme ou/et femme / noir

   

production

gaumont

périphéria [bas/gauche]

fémis

cnc [bas droite]

26’09

Iris noir au centre le corbeau de Uccellacci e Uccellini (Pasolini, 1966)

   

à suivre